• IKIMASU

Amère lecture

D’ordinaire, lire un roman japonais c’est à coup sûr avoir la garantie de passer un excellent moment. Il existe toutefois des exceptions. Exemple avec Amère volupté, de YAMADA Eimi.



« A sa publication, ce roman érotique qui venait d’obtenir un prix littéraire, écrit par une jeune femme de vingt-six ans, choqua profondément les lecteurs japonais et partagea la critique entre enthousiasme et rejet. (…) Le lecteur reconnaîtra, sans aucun doute, derrière ce livre au parfum de scandale une fraîcheur de ton unique, une imagination vivifiante et sans concessions. » C’est ce que l’on peut lire sur la quatrième de couverture d’Amère volupté, le tout premier roman de YAMADA Eimi (1). Et à s’en tenir à celle-ci, ce bouquin n’est rien moins qu’une bombe littéraire.


Sauf que… une fois lu, c’est beaucoup moins évident…


Il se lit assez bien, c’est vrai. Mais comme on lit assez bien le vieil exemplaire de Madame Figaro traînant depuis Mathusalem sur la table basse de la salle d’attente de l’ophtalmo qui nous fait toujours venir une heure trop tôt avant de nous expédier en cinq minutes chrono allégés de 100 balles : pour tuer le temps, faute de mieux.


Scandaleux, le « roman » de YAMADA Eimi ? A vrai dire, à notre époque, ce que celle-ci écrit, au milieu des années 1980 il est vrai, ne contient pas de quoi provoquer la réprobation ou l’indignation. Il ne surprend pas non plus par son originalité, sa nouveauté, son absence de conformisme. Même les scènes de sexe et d’amour qui nous étaient présentées comme sortant des sentiers battus semblent dérisoires, à peine digne d’un « scénario » de vidéo porno pour le site de « Jackie et Michel »… C’est à ce point lu, vu, relu et revu qu’on se demande ce qui a bien pu choquer des lecteurs japonais qui, avec des œuvres infiniment plus explicites et sensuelles (2), en avaient sans doute lues d’autres, des (bons) récits de parties de jambes en l’air… Quant à l’histoire, celle de désœuvrés passant leur temps à s’emboîter, picoler, sniffer de la coke et se mettre des trempes, c’est à peine digne de la rubrique des faits divers d’un canard de la PQR (3). On n’évoquera même pas la thèse sous-jacente du roman : il n’y en a pas ou, si tel est le cas, elle est tellement bien cachée qu’elle demeure introuvable…


Bref, à Ikimasu, on n’a pas aimé du tout.


Samuel Bon


(1) YAMADA Eimi, Amère volupté, Picquier poche, (1985) 2013, 99 p


(2) Le secret de la petite chambre, éditions Picquier, (1994) 2019, 134 p, 6,50 € (prix public conseillé)


(3) Presse quotidienne régionale


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