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Au Japon, le nombre de suicides est en baisse pour la 9ème année consécutive mais…

Depuis 2010, le nombre de suicides connaît un reflux au Japon. Il reste néanmoins important et cache des tendances inquiétantes.


Aokigahara, forêt au pied du Mont Fuji, tristement célèbre pour être celle "des suicidés"

Si tous les Japonais ne le font pas à la façon de l’écrivain Yukio Mishima – en direct à la télévision, par seppuku, après une tentative de coup d’Etat aussi tragique que grotesque -, ceux-ci se suicident beaucoup. Plus que dans la plupart des pays de l’OCDE. Ils mettent souvent fin à leurs jours en se jetant sur les rails d’un train au moment où celui-ci arrivent ou, plus discrètement, dans une forêt au pied du Mont Fuji, connue pour être celle « des suicidés », celle d’Aokigahara (Lire ICI).


Diverses raisons les conduisent à faire ce choix dramatique. La police en a identifié une bonne cinquantaine, parmi lesquelles la culture japonaise, le chômage, la pression sociale, le départ en retraite, la santé, la fatigue due au travail et… les banques japonaises. Ces dernières, qui forcent les emprunteurs à utiliser des proches comme garants, ce qui occasionne honte et culpabilité en cas de défaut de remboursement, semblent en effet responsables de nombre des suicides (Lire ICI).


Si le taux de suicide est resté élevé tout au long du XXème siècle au Japon, il a atteint un pic à la fin de la « décennie perdue », ce qui a contraint les pouvoirs publics à réagir, notamment en mettant en place des politiques d’accompagnement médical des personnes ayant fait une tentative de suicide. Il est néanmoins resté élevé jusqu’en 2010, date à partir de laquelle le nombre de suicides a commencé de décroître.


D’après les derniers chiffres fournis par l’Agence nationale de police – 20 598 suicides pour 2018, soit une baisse de 3,4 % par rapport à 2017 -, la baisse du nombre de suicides semble se confirmer pour la neuvième année consécutive. En moyenne, il n’y a plus « que » 56 suicides par jour au Japon, contre, par exemple, 94 en 2013.


Cette « bonne » nouvelle est toutefois l’arbre cachant une forêt de tendances inquiétantes. Si les femmes se suicident moins que les hommes (6 473 cas sur 20 598), les jeunes filles de 19 ans et moins mettent beaucoup plus fin à leurs jours qu’auparavant, principalement en raison de problèmes relatifs au milieu scolaire.


Par ailleurs, les hommes et femmes dans la cinquantaine conservent la triste première place des personnes se donnant volontairement la mort. Et si le ministère de la Santé, du Travail et du Bien-être social dit tout mettre en œuvre pour que le taux de suicide baisse encore, il lui reste encore beaucoup à faire avant que le Japon ne sorte définitivement de la catégorie peu enviable des pays où l’on se suicide le plus.


Quentin Millet