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Dépeuplement et vieillissement de la population : cocktail explosif pour le gouvernement japonais

Mis à jour : 24 juin 2019

Faisant face à une diminution remarquable de sa population, le Japon doit aussi affronter la question du vieillissement de cette dernière. Pendant longtemps, les questions que soulevaient ces deux problèmes sont restées en suspens. Une ère qui semble désormais tout aussi révolue que l’ère Shōwa. Explications.


Ikimasu infojapon vous en parlait il y a peu (lire ICI), depuis plusieurs années, le nombre de naissances au Japon ne fait plus que décroître. Passé en-dessous de la barre du million annuel en 2017, ce qui n’était plus arrivé depuis 1899, celui-ci ne semble en effet pas près d’augmenter à nouveau. Dans le même temps, le nombre de décès se maintient à un niveau largement supérieur à celui des naissances (1,2 millions en moyenne). Au final, l’accroissement naturel – la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès enregistrés au cours d'une période – se réduit comme peau de chagrin. Si bien, même, que les démographes, statistiques prévisionnelles des autorités publiques nippones à l’appui, estiment que d’ici 2050 le Japon, qui compte actuellement un peu plus de 126 millions d’habitants (lire ICI), aura perdu plus de … 20 millions d’habitants !


Un dépeuplement pour l’instant sans remède


Pour remédier à ce dépeuplement annoncé, le recours à l’immigration, comme l’ont fait d’autres pays bien avant le Japon, pourrait bien constituer une solution efficace. Toutefois, le Japon ne semble pas sur le point de l’envisager sérieusement, même si le gouvernement de Shinzo Abe a montré récemment quelques signes d’ouverture à ce sujet en se montrant moins hostile à l’arrivée de travailleurs étrangers dont le pays a besoin (1). En effet, si l’immigration n’est pas non plus un sujet tabou au sein de l’Archipel, elle n’a pas bonne presse. Pour les Japonais, s’adapter à leur pays lorsque l’on n’y est pas né est, sinon totalement impossible, extrêmement difficile. Or, si les nouveaux arrivants ne s’intègrent pas, ils créeront forcément des problèmes. Et de tels problèmes, les Japonais n’en veulent pas, du moins pour l’instant. Dans l’immédiat, l’Archipel n’a donc pas fini de se dépeupler.


Un vieillissement de la population problématique


Si le dépeuplement est l’un des problèmes démographiques parmi les plus redoutables que le Japon va devoir affronter prochainement, il n’est pas le seul. Le vieillissement de sa population en est un autre. En 2017, les plus de 65 ans représentaient près de 28 % de la population, soit, depuis 1960, une augmentation de 381 % (2). D’ici 2050, ils représenteront 40 % de la population japonaise. Des chiffres qui s’expliquent en partie par une espérance de vie parmi les plus longues au monde : presque 84 ans en moyenne, hommes et femmes confondus.


Pourquoi ce vieillissement constitue-t-il un problème ? Tout simplement parce qu’avec un nombre de jeunes actifs en chute libre, il n’y aura plus grand monde pour financer les retraites des personnes âgées de plus de 65 ans (au Japon, l’âge légal de départ en retraite est passé ces dernières années de 60 à 65 ans).


Beaucoup le disent de but en blanc (lire ICI, par exemple), « le système des retraites au Japon n’est pas au point », une façon polie de dire qu’il a fait son temps. Dans ce pays où la vie coûte au moins aussi cher qu’en France, les pensions de base de l’équivalent de notre sécurité sociale sont d’un faible montant (410 euros par mois en moyenne, contre 1100 euros par mois en moyenne en France). Et comme les Japonais n’ont longtemps pas été incités à cotiser à une retraite complémentaire, ils se retrouvent avec de très faibles revenus une fois l’âge de la retraite venue. Ce qui a pour conséquence que nombre d’entre eux continuent de… travailler, en acceptant, souvent des jobs peu gratifiants et pas très bien rémunérés (lire ICI).


Un gouvernement japonais chahuté par l'opposition


Dernièrement, le 3 juin 2019 (Lire ICI), un rapport d’une agence gouvernementale a en quelque sorte tiré la sonnette d’alarme sur ce problème du vieillissement de la population japonaise. Pour les auteurs de ce dernier, un couple de retraités « standard » qui n’aurait pas préalablement épargné l’équivalent de 165 000 euros pour ses vieux jours ne pourrait pas vivre décemment si tous deux atteignaient l’âge de 95 ans, le montant des actuelles pensions ne permettant pas de subvenir à leurs besoins vitaux.


Ces estimations, le gouvernement de Shinzo Abe, mal à l’aise sur cette question des retraites qui l’empoisonne depuis plusieurs années déjà, a certes décidé de ne pas les valider (lire ICI), sous-entendant ainsi que ceux qui les avaient formulées n'étaient pas crédibles. Il n’en demeure pas moins que le problème du vieillissement rapide de la population japonaise subsiste. Ce qu’a très bien compris l’opposition au gouvernement, celle incarnée par le « Parti démocratique constitutionnel du Japon », qui, faisant écho aux manifestations survenues ces derniers jours et à l’angoisse palpable du corps social japonais quant à ce sujet, l’exploite depuis quelques jours pour affaiblir le gouvernement de Shinzo Abe. Avec un certain succès, d’ailleurs.


Samuel Bon


(1) « Terre d’écueil », Japon Infos, mars 2019, n°17, pp 1-3


(2) Lire ICI. Les jeunes de moins de 15 ans, eux, représentaient en 2017 un peu de moins de 13 % de la population totale du Japon, soit, depuis 1960, une baisse de 57 % (Lire ICI).