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Le régime de l’île d’Okinawa fait des centenaires

Mis à jour : 8 avr. 2019

Souvent cité en référence de par le monde, le célèbre régime d’Okinawa, île située à l’extrême sud du Japon, mêle ikigai, hara hachi bu et une alimentation très diversifiée.


Le Japon détiendrait la meilleure espérance de vie au monde. Des chiffres datant de 2016 établissent celle-ci à 83,985 ans pour les habitants de l’archipel nippon quand la moyenne mondiale est de 72,035 ans (1). Et l’île japonaise d’Okinawa en particulier détient un record avec 24,55 centenaires pour 100 000 habitants, ce qui est très supérieur à la moyenne mondiale, avec des maladies liées au vieillissement (maladies cardiovasculaires, maladies neurodégénératives ou encore certains cancers) moins fréquentes qu’ailleurs. Si l’on fait souvent le lien entre corps et esprit pour parler de la santé d’une personne, il semble que les façons de vivre et de s’alimenter des habitants de l’île ne soient pas étrangères à ce phénomène.


L’influence de l’ikigai


Sur l’île d’Okinawa, plus que partout ailleurs au Japon, l’ikigai, que certains traduisent par « le bonheur d’être toujours occupé » (2) et d’autres par « la joie de se lever chaque matin pour accomplir sa raison d’être » (3), résonne avec la joie de vivre d’un individu. Propre à chacun, l’ikigai consiste en un équilibre entre le fait de toujours être actif, de prendre les choses calmement, de s’entourer de bons amis, de faire de l’exercice, d’entretenir un lien avec la nature ou encore de vivre l’instant présent, pour ne citer que cela. Une autre donnée à prendre en compte est de ne pas manger à satiété.


La pratique de l’hara hachi bu


Depuis très longtemps, les habitants d’Okinawa ont fait leur le concept d’hara hachi bu, ou « le ventre rempli à 80% » (2). Manger à satiété fatigue le corps par l’accélération de l’oxydation cellulaire, aussi les Okinawaïens s’arrêtent-ils de manger quand ils sont presque rassasiés, ceci à chaque repas. Ajouté à cela, le régime alimentaire sur l’île nipponne a ses propres particularités. Celui-ci est souvent cité en exemple à travers le monde.


Une alimentation très variée


Un ouvrage de référence en la matière est The Okinawa Program, restituant les recherches de deux membres de l’équipe de Makoto Suzuki, cardiologue de l’université de Ryukyu (2). Les auteurs de celui-ci, Bradley J. Willcox et D. Craig Willcox, ont réalisé une étude sur une durée de vingt-cinq années pour analyser l’alimentation des centenaires de l’île japonaise. Il en est ressorti que les repas sont composés d’aliments d’une grande variété, essentiellement d’origine végétale, dont les céréales constituent la base et toujours complété quotidiennement de cinq fruits et légumes a minima. Le poisson y est présent trois fois par semaine. Et d’une manière générale, en comparaison à celle des autres Japonais, la consommation de sel et de sucre est moindre, avec notamment moins de pâtisseries et de chocolat. Tout ceci conduit à ingérer en moyenne 1785 calories par jour pour un Okinawaïen quand un Japonais en ingère 2068 par jour. Au menu sur l’île, on retrouve quasi quotidiennement : tofu, miso, thon, carottes, goya, kombu, chou, nori, oignon, pousses de soja, hechima, haricots de soja, patate douce, piments et trois tasses de thé Sanpin-cha, mélange de thé vert et de fleurs de jasmin.

« Mens sana in corpore sano ». La célèbre maxime issue de la dixième Satire de Juvénal (4) pourrait donc se dire : « ikigai, hara hachi bu et alimentation diversifiée » sur l’île d’Okinawa.


Margot Barrat


(1) https://data.worldbank.org/indicator/SP.DYN.LE00.IN?locations=JP-1W


(2) Héctor García et Francesc Miralles, Ikigaï, le secret des Japonais pour une vie longue et heureuse, Edition Pocket évolution, (2016) 2018, pp.11-14, pp. 22-23, pp. 126-132, pp. 184-186.


(3) Ken Mogi, Le petit livre de l’ikigaï. La méthode japonaise pour trouver un sens à sa vie, Le Livre de Poche, (2017) 2018, 25


(4) Juvénal, Satires, X, ligne 356, Les Belles Lettres, (vers 100-125 après J.C.) 2002, 342 p