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A l’ombre des sakura en fleurs…

Mis à jour : 8 avr. 2019

L’arrivée du printemps, le Japon, la jouissance de l’instant présent ou encore le caractère éphémère de la vie, tout ceci se retrouve concentré dans une toute petite fleur : le sakura.




« Ce moment n’existe que maintenant et ne reviendra pas ». C’est ainsi que l’on peut traduire le concept japonais d’Ichi-go ichi-e. Il s’agit de se concentrer sur l’instant présent pour jouir de ces moments uniques que nous offrent la nature et la vie. Ce concept complète celui de wabi-sabi, qui « enseigne la beauté de la nature périssable, changeante et imparfaite de tout ce qui nous entoure » (1).


Sur l’archipel nippon, la floraison des sakura, cerisiers ornementaux, annonciatrice de l’arrivée du printemps, illustre parfaitement les concepts d’ichi-go ichi-e. La pleine floraison d’un cerisier, appelée mankai, ne durant que quelques jours, elle résonne comme une invitation de la nature à saisir l’instant présent. De tradition très ancienne, cette période est toujours très attendue et voit les Japonais se rendre en masse dans les parcs, autels ou temples, en famille ou entre amis, pour hanami, « la contemplation des fleurs ». Aujourd’hui, ils s’installent au pied des arbres pour méditer, se détendre et se délecter de diverses douceurs tout en admirant les fleurs qui s’ouvrent lentement. Autrefois, le fleurissement des cerisiers coïncidant avec la saison de plantation dans les rizières, des offrandes étaient effectuées au pied des sakura dans l’espoir de bonnes récoltes à venir mais aussi pour se souhaiter une bonne année.


Et le Japon créa les sakura


Il semble que le culte des sakura, terme qui désigne à la fois l’arbre et la fleur, remonte à la période de Heian (794-1185). C’est en tous cas à cette période que la beauté des fleurs de cerisiers commence à être décrite dans la poésie, la littérature narrative et sur des rouleaux peints. Auparavant la fleur par excellence était plutôt la fleur de prunier. Le sakura est définitivement adopté comme fleur essentielle dans la culture japonaise à l’époque de Muromachi (1336-1573), époque des provinces combattantes. C’est enfin durant l’époque d’Edo (1603-1868) que l’on améliore les variétés de cerisiers, notamment avec le Somei Yoshino, le préféré des Japonais avec ses fleurs blanches teintées d’un rose très pâle, rapidement adopté à travers l’ensemble de l’archipel. De nos jours, on dénombre plus de 600 variétés différentes de sakura, qui se différencient notamment par la couleur de leurs fleurs. Et si l’on ne compte qu’une dizaine de variétés sauvages au Japon, les Japonais ont su développer un grand éventail de cultivars de jardin. Les variétés plus courantes, aux côtés du cerisier Yoshino (prunus ×yedoensis), qui représente tout de même 80% des cerisiers présents au Japon, sont le cerisier d’Izu Ōshima (prunus speciosa), le cerisier d’Ezo (prunus sargentii) et le cerisier du Japon (prunus serrulata). Le plus vieux sakura du pays, Jindai Zakura, dont l’âge est estimé à plus de 2000 ans, se trouve au temple Jisso-ji, dans la préfecture de Yamanashi.


La fleur de cerisier utilisée comme symbole


Symbole du printemps par excellence, la fleur de cerisier est également liée au concept de mono no aware, « la sensibilité pour l’éphémère ». Aussi, par le caractère transitoire de sa présence sur l’arbre, le sakura renvoie à l’éphémère de la beauté, de la vie mais aussi à la mort. Ainsi la fleur de cerisier est-elle souvent utilisée comme symbole en ce sens. On peut citer à titre d’exemple les sakura qui étaient représentés sur le flanc des avions partant en mission suicide durant la Seconde guerre mondiale ou encore, plus loin de nous, l’association des samouraïs à cette fleur dont on retrouvait des représentations sur leurs katana, sabres légendaires. Aujourd’hui encore, la fleur est utilisée comme emblème par la police militaire japonaise sur ses insignes et drapeaux. Et sa simple évocation suffit à faire penser au pays du soleil levant.


Une ambiance fugace de début de printemps


S’étalant de fin mars à fin avril selon les régions, la période de floraison des sakura s’achève dans une impression de « tempête de neige ». On parle alors de sakurafubuki. Les fleurs laissent alors la place aux feuilles d’un vert puissant sur les hazakura, « cerisiers en feuilles ».


Le Japon revêt en ce moment-même ses délicates parures florales allant du blanc au rouge en passant par de nombreuses nuances de roses, offrant ainsi à ses habitants et aux touristes nombreux un spectacle naturel des plus ressourçants. En France aussi les cerisiers sont en fleurs dans les parcs et jardins et peuvent notamment être admirés au Parc des Sceaux, près de Paris, qui compte une plantation de cerisiers blancs et une de cerisiers roses. Pour le reste de l’année, il sera toujours possible de se procurer peinture, littérature ou encore musique évoquant le sakura pour retrouver un peu de cette ambiance fugace de début de printemps.


Margot Barrat.

(1) Héctor García et Francesc Miralles, Ikigai, le secret des Japonais pour une vie longue et heureuse, Edition Pocket évolution, (2016) 2018, pp.173-174)