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Frederia Meubles d’encre : « Je ne peux pas rendre un travail qui ne soit pas de qualité »

Mis à jour : 27 août 2019

Le motif qui orne les meubles auxquels Frédérique Petitjean donne une seconde vie était comme un signe. Le signe que cette femme-là avait croisé la route du Japon. Pour s’assurer que c’était bien le cas, Ikimasu l’a interrogée. A l’issue de cette conversation, l’envie lui a pris de faire le portrait d’une femme qui gagne à être connue.


Frédérique Petitjean, alias Frederia Meubles d'encre

De prime abord, celle qui exerce ses activités sous le nom de « Frederia – Meubles d’encre » n’est pas sauvage. Juste un peu réservée. Peut-être timide, du moins si l’on définit ce mot comme le faisait un psychanalyste : « personne qui se cache pour mieux être remarquée ».


Une fois la conversation engagée, on ne l’arrête plus. Elle ne s’interrompt plus que pour écouter vos questions, y réfléchir et repartir de plus belle. Heureusement qu’elle a des choses intéressantes à dire !


Etant entendu qu’il ne faut jamais demander son âge à une femme sous peine de terminer en orbite autour de Mars ou de Jupiter, Ikimasu s’est abstenu de l’interroger à ce propos. Mais comme elle a fait des études de photographie au moment où exercer cet art supposait d’avoir aussi, en plus d’un œil, des compétences en chimie et en optique, supposer qu’elle a entre quarante et cinquante ans ne serait sans doute pas le fruit d’un jugement trop hâtif.


Que son âge se situe dans ces eaux-là ou non, elle a en tout cas vécu, au sens noble du terme : roulé sa bosse, connu des expériences. Après ses études de photographie, elle en a suivi d’autres. Des études d’infographie. Et si les aléas de la vie ont fait qu’elle s’est finalement orientée vers « le social », est devenue auxiliaire de vie auprès de personnes âgées, elle n’a jamais remisé ses préoccupations artistiques, encore moins négligé son besoin, comme elle dit, de « faire du beau ».


« Faire du beau »


Il y a quelques années, ce besoin s’est manifesté avec encore plus d’acuité qu’auparavant. Frédérique a alors décidé de « faire du beau » avec des meubles, ses photos, ses affiches.


Au départ, elle a « juste peint des meubles » avec des peintures bio-sourcées. Puis, en découvrant un motif qui selon ses termes est devenu « une addiction », elle a eu l’idée de les sublimer en les ornant de ce dernier.


Qu’avait-il de si particulier, ce motif ? Les amateurs de culture nipponne le connaissent certainement, c’est celui qui décore les tissus et de nombreux éventails japonais, parfois même des objets en céramique du quotidien (assiettes, bols, plats). Utilisé depuis plus de mille ans dans l’Archipel, où il a d’abord servi à symboliser les vagues de la mer sur les premières cartes, il suscite généralement chez ceux qui le regardent une sensation de paix et de tranquillité, sans doute occasionnée par les ondulations concentriques inachevées qui le composent et suggèrent une force tranquille, se propageant d’un point vers une destination inconnue. C’est le fameux « seigaiha », parfois orthographié « seikaiha ».



Décalco-maniaque


Infographiste, elle a personnalisé ce motif à l’aide de ses outils informatiques, de façon à pouvoir l’imprimer et, comme avec la décalcomanie, transférer sur le bois de meubles chinés dans les ressourceries ou sur les réseaux sociaux, sélectionnés en fonction de « leurs lignes minimalistes » et de « leurs jolies courbes », pour leur donner une seconde vie, « tout en respectant le travail du créateur initial ».



Comment ? En apposant celui-ci sur certaines surfaces et en entamant un travail de longue haleine : celui consistant à gratter des heures durant avec de l’eau, avec un soin maniaque, ce motif sur ce papier, afin qu’il s’incruste dans le bois, le matériau. Une tâche qui, sans doute, rebuterait celles et ceux qui voudraient déjà avoir terminé avant même d’avoir commencé, mais qui plait beaucoup à Frédérique. En effet, ces heures, ces jours qu’elle passe à « faire du beau » avec des meubles dont certains ne voulaient plus, ce sont autant de moments méditatifs qu’elle affectionne. Sa séance d’Ikebana (Lire ICI) à elle. Sa cérémonie du thé. Son violon d’Ingres. Et autant de moments qui comblent d’aise ses pulsions perfectionnistes.


Car elle est perfectionniste, Frédérique. Tellement à cheval sur le « zéro défaut » cher à Toyota et tellement japonaise dans l’esprit quand elle vous confie qu’elle ne peut « pas rendre un travail qui ne soit pas de qualité », qu’il n’y aurait rien de surprenant à ce qu’un de ces quatre ses meubles se retrouvent naturellement certifiés « made in Japan ».


Quentin Millet


Découvrir Frederia Meubles d'encre


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