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« La saison des pluies », de Nagaï Kafū : histoires d’eau et…d’O

Mis à jour : 20 mai 2019

Ecrivain japonais à la réputation sulfureuse, Nagaï Kafū (1879-1959) est surtout connu en Europe pour ses nouvelles décrivant le Tokyo du XXème siècle.


« Chronique d’une saison des pluies » ou « La saison des pluies » ? Sans que l’on ne puisse tout à fait dire pourquoi, en fonction des éditions, Picquier ou Cambourakis (1), le titre de ce qui est sans doute la nouvelle la plus connue de Nagaï Kafū varie. Peut-être s’agit-il là d’un dommage collatéral de l’effet « lost in translation », expression bien connue des traducteurs et qui, soit dit en passant, donne son nom à un film de Sofia Coppola se déroulant à Tokyo (2).


Dans cette très longue nouvelle de Nagaï Kafū, à ce point longue qu’on pourrait presque parler de roman, il est aussi question de la capitale nipponne, mais au tout début du XXème siècle cette fois. Plus exactement de ses « quartiers de plaisir », où se croisent geisha déchues ou de seconde zone, serveuses sexuellement libérées, prostituées, femmes vénales et mâles en rut. L’un de ces derniers, un écrivain pourtant lui-même très volage, supporte mal que Kimiyé, l’une de ses maîtresses, multiplie les rendez-vous galants et ne lui soit pas fidèle. Si mal qu’il fomente vengeances et punitions.


Si Nagaï Kafū, manifestement très au fait des milieux interlopes servant de toile de fond à son récit, n’avait le bon goût de brosser un tableau très contrasté de la société japonaise après la réouverture au monde de l’Archipel quelques années plus tôt, on se lasserait certainement assez vite de toutes ces aventures et ces histoires de coucheries. Mais comme Nagaï Kafū va au-delà du vaudeville vaguement déluré et suggère avec finesse les effets relativement délétères de l’occidentalisation à marche forcée de la vie japonaise, il est plus que difficile de s’ennuyer. C’est même si difficile qu’une fois le livre commencé, on ne le repose qu’après en avoir lu l’ultime phrase.

Samuel Bon


(1) Nagaï Kafū, La saison des pluies, éditions Cambourakis, (1931) 2019, 143 p


(2) 2003. Durée : 1 h 42