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Le Dictionnaire des Yōkai, de Shigeru Mizuki : Esprit japonais, es-tu là ?

« Je pense que si les humains n’étaient pas d’une nature aussi facilement impressionnable, les yōkai ne se seraient pas autant développés ». Avec son Dictionnaire des Yōkai, Shigeru Mizuki laisse à voir une sorte de face cachée de la culture et de la société japonaises. A découvrir !


Si les divinités sont régulièrement invoquées au Japon, pour demander chance, prospérité ou protection notamment, les yōkai quant à eux ont très longtemps été craints. Ces « esprits », « démons » ou « phénomènes étranges » font aujourd’hui partie intégrante du folklore japonais et « sont le véritable socle sur lequel repose toute la conception du surnaturel dans la culture japonaise » (1).


Ces yōkai, Shigeru Mizuki vit avec depuis longtemps maintenant. Le mangaka, auteur du célèbre Kitaro le repoussant (2), qui a donné lieu à de nombreuses adaptations sous forme d’animes, de films ou de jeux vidéo, ou encore de NonNonBâ (3), prix 2007 du Meilleur album du Festival International de Bande Dessinée d’Angoulême, a su populariser les yōkai anciens que le monde moderne aurait pu faire oublier. Aujourd’hui, ces esprits sont très présents dans les mangas et animes japonais.


Shigeru Mizuki en a rassemblé pas moins de 500 dans son Dictionnaire des Yōkai, réédition de son Dictionnaire des monstres en 2 volumes paru en 1994. Des yōkai bienveillants, tel Zashikiwarashi, qui amène prospérité à une famille tant qu’il habite la maison, aux yōkai malintentionnés, à l’instar de Kawatarô, le « gosse de la rivière » qui cherche à entraîner les passants dans des profondeurs aquatiques obscures, en passant par d’autres qui ne font rien de spécialement terrible mais que l’on ne souhaite pas nécessairement abriter chez soi, comme Akanamé, qui vient lécher la crasse des salles de bain la nuit, le spécialiste des histoires de monstres et de fantômes japonais rassemble ici nombre d’informations collectées à travers l’archipel nippon et laisse à voir une sorte de face cachée de la culture et de la société japonaises. Les descriptions encyclopédiques et les illustrations de l’auteur n’empêchent cependant pas l’imagination du lecteur de se mettre en action, car, les yōkai, « comme dirait Mizuki : en définitive, personne ne les a jamais clairement vus, donc on ne sait pas très bien à quoi ils ressemblent… » (1).


Margot Barrat


(1) Shigeru Mizuki, Dictionnaire des Yōkai, Pika Edition, 2018, 509 p.


(2) Shigeru Mizuki, Kitaro le repoussant, 11 tomes, (2007-2011), éditions Cornélius


(3) Shigeru Mizuki, NonNonNâ, éditions Cornélius, (2006) 2007, 450 p.