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Les délices de Tokyo : un poème culinaire, une ode à la vie

Que ce soit avec le roman de Durian Sukegawa ou son adaptation cinématographique par Naomi Kawase, Les délices de Tokyo sont à dévorer, sans modération !



Les délices de Tokyo, c’est d’abord un roman. Roman de Durian Sukegawa, écrivain et poète diplômé de philosophie, mais également de l’école de pâtisserie du Japon. Fondateur en 1990 de la « Société des poètes qui hurlent », alliant poèmes et musique punk, il publie en 2013 Les délices de Tokyo, premier de ses ouvrages à être traduit en français (1). Les thèmes traités, la transmission mais aussi la différence et l’exclusion, sont abordés avec tendresse, humanité et poésie. Les personnages : un vendeur de gâteaux, une vielle femme, une étudiante, un oiseau et des dorayaki (2). L’histoire : Sentaro tient une petite boutique dans un quartier sombre de Tokyo où il confectionne au quotidien des dorayaki avec une préparation industrielle, sans aucun goût pour son travail. Lorsque Tokue, une vieille femme aux doigts mystérieusement déformés, débarque dans son commerce, celle-ci lui apprend à confectionner cette pâtisserie de manière artisanale. Ce qui va alors changer sa vie.


Cette histoire, Naomi Kawase n’a pas mis longtemps à la mettre en images (3). En 2015, Les délices de Tokyo sort sur grand écran, et notamment comme film d’ouverture de la sélection Un certain regard lors du Festival de Cannes. La réalisatrice reprend l’histoire originelle du livre comme ingrédient principal, à laquelle elle ajoute un rythme saisonnier, depuis les cerisiers en fleurs du printemps avec l’arrivée de Takue (Kirin Kiki) dans la vie de Sentarô jusqu’à sa disparition à l’automne. A l’instar d’une cuisson lente qui sublime une préparation culinaire, le film prend doucement forme pour révéler pleinement ses saveurs. Et par une superposition de couches de silence et de dialogues savamment dosées, le résultat donne une gourmandise cinématographique riche et subtile à la fois… à l’instar des fameux dorayaki.


Au final, Les délices de Tokyo est une histoire simple et touchante de la vie quotidienne qui permet une immersion dans la culture japonaise. A dévorer en version livre ou film, sans modération.


Margot Barrat


(1) Durian Sukegawa, Les délices de Tokyo, Edition Albin Michel, 2016, 239 p


(2) Le dorayaki est une pâtisserie traditionnelle japonaise composée de deux pancakes fourrés à l’anko (pâte de haricots rouges). Sa forme évoquant un gong, dora en japonais, lui donne son nom.


(3) Les délices de Tokyo, de Naomi Kawase, sortie nationale en France : 2016, durée : 1h53