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Les wagashi, de véritables tranches de vie

Bien au-delà de se contenter de mettre les sens en éveil, les wagashi sont de véritables invitations au voyage… à travers le temps. De formes et de couleurs très variées, ces pâtisseries japonaises suivent le rythme des saisons, racontent une légende populaire ou bien se réfèrent à une page du passé du pays.


Namagashi

Contrairement aux habitudes occidentales, les douceurs sucrées ne terminent pas un repas traditionnel au Japon mais sont plutôt associées à la cérémonie du thé, chanoyu. Les pâtisseries étant très peu sucrées, un thé vert, macha, toujours non sucré, participera de la mise en valeur de la subtilité des saveurs et textures de ces délices aux décorations parfois des plus sophistiquées. A l’instar des jo-namagachi, qui comportent souvent de très jolis motifs floraux évoquant les saisons ou s’inspirant encore la beauté de la nature. Cette présentation recherchée va de pair avec l’importance donnée à cette cérémonie du thé au Japon, qui s’est développée à l’ère d’Edo (1603-1868). Cependant, l’origine des wagashi remonte plus loin encore dans l’histoire du pays puisque ces petits gâteaux ont été rapportés de Chine par des lettrés japonais à l’ère Nara (710-794).


Avec le temps, chaque région de l’archipel a façonné des wagashi à son image, se référant à son histoire et ses traditions propres. A l’instar du manju, gâteau rond cuit à la vapeur et fourré d’anko (pâte de haricot rouge sucrée), qui prend la forme d’une feuille d’érable à Hiroshima.


Manju

De nombreux wagashi sont également souvent associés aux saisons ou à des moments précis de l’année (1). Au printemps, les sakuramochi, pâte de riz gluant parfumée aux pétales de fleurs de cerisier et enveloppée d’une feuille de cerisier légèrement salée, font fureur. Cette pâtisserie trouverait son origine au temple de Chōmeiji de Tokyo dont le gardien ramassait les feuilles des cerisiers tombées pour en faire de jolis gâteaux.


Sakuramochi

A l’occasion de tsukimi, la fête de la Lune, associée à la fin des moissons, les tsukimi manju, en forme de petits lapins, rappelant la légende du lapin d’Ibana (2), ou encore les tsukimi mochi, clin d’œil au lapin que l’on devine sur le disque de la pleine lune (3), sont dégustés au clair de lune. A l’automne, le koneri gaki, ou « délice de kaki », qui prend la forme du fruit, pousse dans les échoppes des pâtisseries. En hiver, le shiruko est un grand classique des desserts que l’on consomme pour se réchauffer car il s’agit d’une soupe aux haricots rouge et aux mochi, petits gâteaux toujours présents pour célébrer la nouvelle année. Les hagi, constitués d’une boule de riz tendre enveloppée de crème d’azuki, sont associés aux équinoxes de printemps et d’automne, brèves périodes durant lesquelles le jour et la nuit ont la même durée, instants propices, selon le bouddhisme japonais, au retour des âmes des défunts. D’où le dépôt de ces petits gâteaux sur les autels domestiques ou sur les tombes.


Tsukimi manju

Une autre date notable du calendrier annuel est le 16 juin, avec wagashi no hi, « jour des gâteaux traditionnels », lancé en 1979 par la Fédération des confiseurs japonais et qui trouve son origine dans le 16ème jour du 6ème mois de l’an 848, à l’ère Kashô (848-851), durant lequel l’empereur Ninmyô a offert 16 pâtisseries aux Dieux en leur demandant de stopper une épidémie qui sévissait.


Et tout au long de l’année, on trouve au Japon les traditionnels dorayaki, doubles pancakes fourrés à l’anko, les monaka, sortes de gaufrettes, les daifuku, surnommés « gâteaux du bonheur », les yokan, anko gélifié à l’agar-agar, ou encore les classiques mochi.


Bien plus que de simples gâteaux, les pâtisseries japonaises sont de véritables marqueurs du temps qui passe. Elles accompagnent la vie des Japonais tout au long de l’année en suivant le rythme des saisons, en se référant à des pages de leur passé ou en évoquant une légende populaire.


Margot Barrat


(1) Keiko Nakayama, Jiten wagashi no sekei, Iwanami Shoten, 2006, 24 p.


(2) file:///Le%20Lievre%20d'Inaba%20-%20T.H.%20James%20(3).pdf


(3) https://www.japoninfos.com/pourquoi-y-a-t-il-un-lapin-sur-la-lune-19012014.html