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Louer une voiture pour rouler avec ? Quelle drôle d’idée…

D’ordinaire, les voitures de location servent à se déplacer. Pas au Japon. Explications.



C’est en examinant les relevés kilométriques des véhicules qu’il loue à des particuliers qu’Orix, un service japonais d’autopartage, a fait une étrange découverte.


Laquelle ? Celle-ci : ses clients, nous apprend le site d’information The Verge, s’en servent moins pour se déplacer d’un point à un autre que pour… déjeuner tranquillos, passer des coups de fils à des proches, stocker des effets personnels, faire une sieste ou recharger leurs appareils électroniques (téléphones, e-cigarettes, etc.). Et d’autant plus facilement qu’entre 1,50 et 4 euros par heure de location, ce type d’utilisation original s’avère relativement peu coûteux. Bien moins que celui-ci consistant à se louer un pied-à-terre ou une chambre d’hôtel.


Une pratique curieuse, pour ne pas dire complètement loufoque ? A vrai dire, pas tant que cela si l’on songe qu’elle se manifeste essentiellement en milieu urbain, là où l’espace manque cruellement pour prendre momentanément congé des « autres » - « l’enfer » selon Jean-Paul Sartre ; des « témoins » gênants selon Yukio Mishima – ou s’extraire provisoirement du rythme trépidant, pour ne pas dire abrutissant, qu’imposent les villes. A la limite, il est même plutôt rassurant de se dire que, à l’heure où la confusion entre sphère privée et professionnelle tend à se généraliser dans nos sociétés, certains s’emploient plus ou moins consciemment à vider de son sens le concept même de voiture en lui assignant une toute autre fonction, ceci pour préserver ce qu’il leur reste encore d’intimité.


Cela dit, si cette utilisation a priori baroque a peut-être un tel mérite, il n’en demeure pas moins que les problèmes de fond – promiscuité, immixtion continue du professionnel dans le personnel, présentéisme, culte de l’urgence, contrôle social… – subsistent et que le Japon, comme de nombreux autres pays eux aussi concernés par ces derniers, ferait peut-être bien de s’atteler à les résoudre. Ne serait-ce que pour ne pas voir ses villes envahies et encombrées de véhicules paradoxalement… immobiles.


Estelle Viard