• IKIMASU

« M. Long » ou l’art de subvertir les codes du film traditionnel de gangster

Avis aux amateurs de cinéma japonais et même de cinéma tout court : la chaîne ARTE propose de voir en replay jusqu’au 10 septembre « M.Long », le dernier film d’un acteur et réalisateur japonais qui n’en finit pas de surprendre.



Hiroyuki Tanaka. Pour beaucoup ce prénom et ce nom n’évoquent pas grand-chose. C’est un peu normal car cet acteur et réalisateur japonais talentueux s’est fait connaître sous le court pseudonyme de Sabu. Peut-être même avez-vous vu l’un des treize excellents films qu’il a réalisés entre 1996 et aujourd’hui après avoir interprété de nombreux rôles au cinéma, dans des productions de ses confères. On pense notamment à Drive (2002), Blessing Bell (2002), Miss zombie (2013) ou Le voyage de Chasuke (2015).


L'acteur et réalisateur japonais, Sabu

Si vous ne le connaissez pas encore, vous avez de la chance ! En effet, la chaîne ARTE propose de voir en replay (cliquer ICI) jusqu’au 10 septembre prochain son petit dernier, M. Long.


A lire le synopsis, ce n’est qu’un film de yakusa et gangsters, parmi tant d’autres. Un film avec des truands essentiellement occupés à en trucider d’autres, à racketter d’honnêtes gens, à vivre sur le dos de ceux qu’ils intimident.


Il y a un peu de cela, évidemment, dans M. Long. Notamment des scènes de combat qui n’auraient pas dépareillé dans le Kill Bill de Quentin Tarantino, même si les corps des combattants se retrouvent moins en apesanteur que dépecés ou surinés à coups de poignards. Mais il n’y a pas que cela dans ce film racontant l’histoire d’un tueur à gages taïwanais envoyé à Tokyo pour refroidir un yakusa à la chevelure peroxydée et qui, en raison d’un certain nombre d’embûches, se retrouve blessé, bloqué au pays du Soleil Levant, puis contraint de frayer avec des toxicos et clandos des bas-quartiers de la capitale nippone. Des bas-quartiers filmés de telle sorte, d’ailleurs, qu’il ne serait sans doute pas exagéré de voir un clin d’œil de Sabu aux bas-fonds filmés par Akira Kurosawa dans Entre le ciel et l’enfer (Lire ICI). Il y a aussi, et surtout, de l’humour, de la poésie et, comme le chantait Jean Ferrat dans Ma France, ce goût du bonheur qui rend la lèvre sèche.


Pour tout dire, les interactions de M. Long avec un tas de crapules et de crevards à la petite semaine sont secondaires, mineures. Beaucoup plus significatives sont celles qu’il a avec un gosse et une troupe de joyeux drilles japonais qui, après avoir découvert ses talents de cuisiniers, le prennent sous leurs ailes et l’aident à monter sa petite entreprise ambulante de restauration rapide. C’est en effet au contact de ces derniers que l’inquiétant tueur à gages se révèle et devient sous nos yeux, comme un papillon sortant de sa chrysalide, un être touchant. Si touchant que ce que l’on aurait à juste titre pu prendre pour un « simple » film de yakusa devient, comme souvent avec Sabu, une authentique œuvre de ce Septième art qu’est le cinéma.


A voir, surtout si vous ne connaissez pas encore les films de Sabu.


Samuel Bon