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Parasite, de Bong Joon-ho : un portrait en clair-obscur de la Corée du Sud

Ikimasu infojapon a vu Parasite, le dernier film du réalisateur Bong Joon-ho, récompensé par la Palme d’or, lors de l’édition 2019 du Festival de Cannes. Verdict.


A lire certaines gazettes à prétentions économiques ou à consulter certaines sites de voyages proposant de vous faire découvrir ce pays, la Corée du Sud n’est rien moins qu’une sorte de paradis sur Terre auquel tout sourit, la chance aussi bien que la sacro-sainte croissance des économistes orthodoxes. Mais, contrairement aux idées reçues et entretenues, ce pays n’est pas, loin s’en faut, la nouvelle « Terre promise ».


Comme le montrait récemment un instructif documentaire de la chaîne ARTE, les jeunes sud-coréens fuient en masse leur pays, ceci « pour échapper à la pression insupportable » qu’ils subissent, celle qui les prive de vie personnelle, les épuise au travail, les dissuade d’avoir des enfants dont ils ne pourront vraisemblablement pas s’occuper (Lire ICI).


Le cinéma sud-coréen, en donnant à voir une toute autre Corée du Sud, écorne lui aussi l’image que l’on peut se faire trop rapidement de ce pays. Avec Tunnel, par exemple, l’amateur de salles obscures pouvait déjà deviner que, là-bas comme un peu partout ailleurs, tout n’allait pas pour le mieux dans le meilleur des mondes (lire ICI). Avec Parasite, de Bong Joon-ho, Palme d’or de l’édition 2019 du Festival de Cannes, cela devrait littéralement lui crever les yeux.


Le réalisateur Bong Joon-ho, lors de l'édition 2019 du Festival de Cannes

Comme c’est un peu partout le cas sur la planète, la croissance économique et le « Progrès » n’ont pas profité à tous en Corée du Sud. Les pauvres gens n’y manquent pas. Ils sont même très nombreux. Grâce à une mise en scène au cordeau et à des mouvements de caméra plongeants, le réalisateur de Parasite suggère même qu’ils constituent les tréfonds d’une société qui ne les voit pas. Face à eux, plus exactement au-dessus et très loin d’eux, se trouvent des riches, aussi déconnectés de la réalité qu’ils sont à l’abri dans des ghettos dorés et sécurisés pour élite aisée. Comme peuvent l’être, dans le reste du monde, ceux que la fortune préserve des contingences les plus diverses : se nourrir, se loger, etc.


« Pauvres » versus « riches ». L’opposition rappellera celle qui, naguère, opposait les « prolétaires » aux « bourgeois », dans les ouvrages de Karl Marx et Friedrich Engels. De là à ce que certains soupçonnent Bong Joon-ho d’avoir des sympathies marxisantes, il n’y aura qu’un pas. Un pas que, toutefois, on ne saurait trop déconseiller de franchir. S’il est vrai que, présenté ainsi, Parasite pourrait passer pour un brûlot politique réalisé par un socialiste plus ou moins révolutionnaire, ce n’est pas ce qu’est ce film. Certes, il aborde la question sociale sud-coréenne. Mais, pas frontalement. Il le fait avec humour. Avec finesse. En effet, en nous montrant comment une famille à laquelle il ne suffit pas d’être pauvre pour être honnête colonise littéralement le cocon de riches dépeints en clair-obscur afin, en quelque sorte, de vivre sur le dos de ces derniers, Bong Joon-ho ne fait pas dans le manichéen, les « gentils pauvres contre les méchants riches ». Il suggère une réalité effroyablement complexe, comme presque tout ici-bas. Il prend même à rebours certains préjugés. Surtout, il laisse son spectateur libre d’en penser ce qu’il veut, voire de ne rien penser du tout de son film, sinon qu’il a passé un agréable moment en le voyant.



En ce sens, plus qu’en marxiste ou en socialiste, c’est en artiste que Bong Joon-ho aborde son pays : il rend visible pour qui veut voir. Et, à bien y réfléchir, c’est peut-être bien le meilleur moyen de parler des choses. Du moins si l’on tient à appréhender une réalité toujours plus complexe que celle que nous n’entrevoyons qu’à peine derrière ces grilles de lecture que nous adoptons au quotidien, que celles-ci soient politiques, économiques ou sociologiques.


Samuel Bon