• IKIMASU

Pour ne plus être à l’Ouest avec les Corées du Sud et du Nord

Si la péninsule coréenne commence enfin, en France, à faire l’objet d’un intérêt qui va croissant, celle-ci est encore assez mal connue. Les conseils d’Ikimasu pour en savoir plus et appréhender une région de l’Asie et deux États avec lesquels il faut d’ores et déjà compter : la Corée du Nord et celle du Sud.


Il y a quelques années de cela, au début des années 2010, la péninsule de Corée n’intéressait pas (ou très peu) l’Europe. En France, elle ne suscitait au mieux qu’une curiosité polie. Au Japon et en Asie, « confrontés chaque jour à la concurrence coréenne » (1), on la surveillait en revanche comme le lait sur le feu. Peut-être plus sérieusement que ne le faisaient alors les Etats-Unis de l’Administration Obama (2) qui, sous celle de Trump, doivent se mordre les doigts d’avoir autant manqué, et avec une certaine constance, de clairvoyance quant à cette région du monde...


Aujourd’hui, si la Corée du Sud inquiète moins que son remuant voisin du Nord, elle est dans toutes les têtes, ou presque, des responsables politiques mondiaux à peu près structurés mentalement. Son développement économique et sa capacité à tailler des croupières aux géants du commerce international, grâce à un Etat que l’on peut qualifier de « stratège » (1) et à la vitalité créative de sa population, étonnent en même temps qu’ils préoccupent les nations industrielles et technologiques historiques, de moins en moins à l’aise avec la guerre économique mondiale réactivée à la suite de l’effondrement du bloc soviétique, sous la houlette de Georges Bush Senior (3). Sa propension à inonder le monde de productions culturelles de bonne facture commence même à irriter. Et depuis qu’il se trouve concurrencé sur son terrain de prédilection par défaut (4), le manga, le Japon ne se contente plus de surveiller son vis-à-vis d’outre-mer : il réagit (5).


En France, cette région du monde intrigue désormais. Mais c’est encore par le petit bout de la lorgnette, à travers le prisme déformé des dramas (6) et de la K-Pop (7), qu’on l’appréhende. Ce faisant, on laisse ainsi de côté cette Corée d’où presque rien ne filtre mais potentiellement plus perturbatrice encore que son homologue du sud : celle de Kim Jong-Un, la République populaire démocratique de Corée. Bref, on ne devine au mieux, la plupart du temps, que la partie émergée de l’iceberg géopolitique que l’ « Occident » s’apprête à percuter. Connaître en profondeur cette péninsule et ceux qui l’habitent s’impose donc.


Pour ce faire, il existe de très bons documentaires (8). Bémol : ils sont plus souvent focalisés sur la Corée du Nord que sur celle du Sud, qui n’apparaît dès lors qu’en contrepoint. Mais la lecture de dossiers de périodiques comme celui que le magazine Géo a consacré à la Corée du Sud en mars 2019 permettant un salutaire rééquilibrage, il demeure possible d’avoir une bonne vision d’ensemble. Ceci étant dit, le nec plus ultra, pour appréhender de façon très claire la péninsule coréenne, est certainement de lire avec attention le passionnant, instructif et court essai de Pascal Dayez Burgeon, sobrement intitulé Les Coréens (1).


A vrai dire, quand il s’agit de la Corée dans son intégralité, Pascal Dayez Burgeon est en France l’une des références incontournables, peut-être même la seule digne de ce nom. A titre d’exemple, son Histoire de la Corée, des origines à nos jours (10), est une véritable mine. Seuls inconvénients pour le lecteur peu habitué de ces terres lointaines : son caractère savant et un peu ardu, son tropisme historique et sa relative longueur. Avec Les Coréens, en revanche, ceux-ci disparaissent. Ne subsiste que l’essentiel, présenté avec humour parfois dans une langue claire et dépouillée de cet appareil scientifique parfois rebutant.


Surtout, une fois ce livre refermé, l’impression qui domine, celle d’avoir appris et cerné des choses a priori inaccessibles, est très agréable.


Samuel Bon


(1) Pascal Dayez-Burgeon, Les Coréens, Tallandier (2011) 2013, 207 p


(2) Anthony Dufour, Minju Song, Le piège des Kim, 2018, France, 54 mn


(3) Pascal LOROT, « De la géopolitique à la géoéconomie », in Géoéconomie, 2009/3, n°50, pp 9-19


(4) Si le manga est un éminent représentant de la culture populaire japonaise et s’exporte particulièrement bien, c’est par défaut, tant rien n’a été entrepris par le Japon pour adapter ou exporter son modèle culturel. Dans les faits, « si le Japon est devenu une superpuissance culturelle, c’est malgré lui » (Mathieu Gaulène, « Le Japon est-il encore cool ? », Slate.fr, 11 mars 2012).

(5) « L’empire du manga contre-attaque », Courrier international, 25.04.2019

(6) Séries télévisées, souvent appelées en abrégé kdrama (de l'anglais « Korean drama »), semblables aux mini-séries occidentales et produites en langue coréenne pour le public coréen.


(7) Abréviation de « Korean pop », terme désignant plusieurs genres musicaux (dance-pop, pop ballad, électronique2.) originaires de Corée du Sud, caractérisés par une large variété d'éléments audiovisuels et abrégés au terme de K-pop


(8) Par exemple :

Marjolaine Grappe, Corée du Nord : les hommes des Kim, France, 2018, 50 mn

Anthony Dufour, Minju Song, Le piège des Kim, 2018, France, 54 mn


(9) Pascal Dayez-Burgeon, Histoire de la Corée, des origines à nos jours, Tallandier, (2012) 2017, 568 p