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Sel d’embrun : « je suis venue à l’esthétique et la culture japonaises par les mangas »


Sel d'embrun

Depuis la naissance d’Ikimasu en avril dernier, les toiles de Sel d’embrun illustrent certains de nos articles. Portrait d’une artiste française charmée par la culture japonaise traditionnelle, dévoreuse de mangas et mélomane.


« Je dessine et je peins depuis toujours. En autodidacte. Depuis que j’ai compris la complémentarité entre le pouce et l’index. J’ai toujours crée. Si pendant un moment je ne fais rien, c’est que je fais une grosse dépression. »


Née dans le sud-ouest de la France, désormais installée dans le département de la Loire (42), Sel d’embrun est intarissable. A discuter avec elle, l’image qui vient spontanément est celle du lapin Duracell ®. Mais un lapin Duracell ® dont on devine que, même les piles retirées, celui-ci continuerait d’avancer de plus belle et de parler avec le même volume sonore. Entre 50 et 80 décibels. Au bas mot. De quoi attirer l’attention de toute une rue, si l’idée vous a pris de l’interroger à la terrasse d’un salon de thé en vue.


Si elle parle fort, sans discontinuer, et que son corps parle en même temps qu’elle, ce n’est pas parce qu’elle aurait ratée une vocation de poissonnière. Certes, elle a longtemps voulu devenir biologiste marin. Mais entre vendre des poissons à la criée et les étudier sous tous les angles, il y a plus qu’un fossé : un gouffre. Non, en fait, si elle crie presque quand elle s’adresse à vous avec de grands gestes, c’est tout simplement parce qu’elle est pleine de vie. Débordante de vie. Et passionnée par ce qu’elle fait. Complètement immergée dans l’instant présent.


Le dessin, la peinture, la décoration industrielle, elle n’en a fait son métier et son gagne-pain que progressivement. Quand son père, à la tête d’une entreprise de travaux d’aménagements extérieurs et intérieurs l’a appelée à la rescousse pour effectuer des tâches requérant maîtrise, subtilité, bon goût et originalité. Voyant que les gens aimaient et faisaient de plus en plus appel à ses services, elle s’est lancée. Elle en vit depuis. Dernièrement, c’est un bar de la ville de Chalon-sur-Saône (71), dont l’ouverture est imminente, qui a entièrement été relooké par ses soins, agrémenté de ses toiles. Un peu plus tôt auparavant, c’était la boutique Iki Hana, située dans la même rue. Celle-ci lui avait commandé des toiles. Des toiles inspirées de l’esthétique japonaise.



De purs travaux de commande, réalisés à contrecœur pour « mettre du beurre dans les épinards », comme le font bien des artistes un peu à cours de cash ? Pas vraiment. C’est précisément parce qu’elle s’intéressait à cette esthétique que cette boutique s’est adressée à elle. Si cela n’avait pas été sa tasse de thé, elle aurait décliné la proposition. Sel d’embrun n’aime pas se forcer et se prive encore moins de le faire savoir : « je suis à vrai dire incapable de me forcer. Si je suis venue à la culture japonaise, c’est parce que celle-ci éveille de plus en plus mon intérêt. J’y suis venue par la langue, sa calligraphie, et par les mangas. En fait, ce sont les mangas qui m’ont amenée aux Japonais et au Japon. De ceux-ci, se dégageaient des valeurs qui me parlaient : la nécessité du combat, affronter les difficultés, rester fidèle aux amis, ne jamais juger. Et je trouvais leurs personnages très attachants. Ni héros, ni super-héros, ceux-ci étaient faillibles. Quand j’y repense, c’est peut-être leur message – « ne rien lâcher et « aller au bout des choses » - qui m’a plu. C’est en tout cas grâce à eux que je suis venu à la culture japonaise plus classique, traditionnelle. Dans l’ensemble, les Japonais sont des personnes qui ont une façon très différente des Européens de vivre et de considérer les choses. Nous avons beaucoup à apprendre d’eux. Le rapport au temps, à la nature ».



La nature, Sel d’embrun y est très attachée. A l’écouter, elle a un petit côté Sylvette, le frère de Sylvain, dans cette bande-dessinée créée par Maurice Cuvillier en 1941. En moins rétro toutefois. Une bonne partie de son temps, elle le passe en forêt ou à observer les plantes sauvages et les animaux. Comme le font au Japon, depuis la fin des années 1980, les adeptes du Shinrin Yoku, « l’art du bain de forêt » sur lequel Ikimasu vous prépare actuellement un article. Durant l’autre partie du temps, elle dessine et peint. En musique : « je crée en musique ou en chantant. Parfois, aussi, j’écoute des livres audio en anglais, pour progresser dans l’apprentissage de cette langue. Mais il n’y a qu’avec la musique que je peux totalement être absorbée, me mettre en pilote automatique ».


Prochainement, Sel d’embrun relèvera une sorte de défi. Contactée par les responsables de l’AMAC (Association des Métiers d’Art du Chalonnais), qui organise le 15 juin prochain, à Chalon-sur-Saône, l’évènement « le village au cœur de l’artisanat », elle occupera un espace devant la boutique Iki Hana, au sein duquel elle dessinera et peindra en direct.


Quentin Millet