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« Un p’tit coin d’parapluie » japonais

« J’en avais un, volé sans doute, le matin même à un ami. » Ces paroles assumées par Brassens concernant un parapluie qui lui procure plus qu’un abri ne pourraient être chantées de manière crédible au Japon. Car sur l’archipel nippon, il est tout à fait habituel que les parapluies passent de mains en mains.



« Chaque jour est un bon jour », c’est ce que peuvent lire dans le tokonoma (emplacement honorifique) les deux élèves de Madame Takeda lors de leur premier cours d’apprentissage de la cérémonie du thé dans le dernier long métrage de Tatsushi Ōmori, Dans un jardin qu’on dirait éternel (sortie nationale prévue le 10 juillet 2019 en France). Cette façon d’aborder la vie est toute stoïcienne. Elle fait écho à la recherche de la tranquillité (apatheia) et au fait de l’emporter sur les émotions négatives du stoïcisme et du bouddhisme zen. Elle permet de mieux affronter ou accepter les événements et moments désagréables de l’existence.


Cette façon d’aborder la vie, sur un archipel régulièrement secoué par une géologie mouvante, les Japonais l’ont faite leur. Cette philosophie s’applique à toute chose. Un exemple qui peut être donné est l’adaptation à la météo très changeante d’une saison à l’autre. Si le printemps amène la floraison des cerisiers, que les Japonais prennent plaisir à observer (1), la fin de cette période fait place à une saison des pluies, tsuyu, qui s’étend de mai à juillet. Dans cette chaleur pré-estivale, une forte humidité ambiante règne alors. Puis, à l’automne, akisame, une seconde saison des pluies, apporte des précipitations plus faibles et plus fraîches. Pour affronter ce mauvais temps, les Japonais ont adoptées des méthodes toutes particulières qui leur sont propres.


On trouve sur l’archipel de nombreux parapluies bon marché, très souvent faits d’un plastique transparent incolore, que chacun laisse facilement à l’entrée d’un magasin ou d’un temple pour reprendre n’importe quel parapluie équivalent disponible à sa sortie. Il n’y a donc aucune forme d’attachement à cet objet anonymé, lequel apparaît comme une sorte de symbole de ce lien invisible qui unit les Japonais pour faire face aux manifestations non clémentes de Mère Nature, à l’instar de la grande solidarité qui règne à la suite d’un tremblement de terre, d’un typhon ou d’un glissement de terrain.


Pour les parapluies plus chers, comme par exemple le kyowagasa, parapluie fabriqué à l’ancienne typique de Kyoto, ceux-ci peuvent toujours être déposés dans des consignes prévues à cet effet, sorte d’antivols à parapluie, ou encore emballés dans un film plastique à l’aide d’un automate dans les nombreux lieux qui le proposent. Les vélos sont, quant à eux, équipés de fixations spécifiques qui permettent de stabiliser le parapluie afin d’être abrité tout en ayant les mains libres pour tenir le guidon en pédalant.


teruteru bôzu

Et pour ceux qui espèrent conjurer une météo maussade, ils peuvent toujours suspendre un teruteru bôzu à une fenêtre côté sud de l’habitation la veille d’un jour important où ils espèrent qu’il fera beau. Cette poupée de chiffon faite maison est censée repousser la pluie. Sa tête est constituée d’une boule nouée sur laquelle on dessine un visage avec le seul œil droit. L’œil gauche sera dessiné s’il fait beau.


Margot Barrat


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