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Un projet de rizières verticales en plein cœur de Tokyo

De tremblements de terre en bombardements, l’ancienne Edo a du se reconstruire à plusieurs reprises. Les constructions que l’on y rencontre sont parfois des plus atypiques. Un sanctuaire-rizières pourrait prochainement pousser au centre-ville de l’actuelle capitale.




Contrairement aux monuments européens imposants et faits pour traverser les siècles, tels nos cathédrales françaises, les temples grecs ou encore les cirques romains, l’architecture traditionnelle japonaise cherche à faire corps avec la nature et à respecter l’esprit du wabi-sabi, concept qui enseigne la beauté de la nature périssable, changeante et imparfaite de tout ce qui nous entoure. A titre d’exemple, on peut citer le grand sanctuaire d’Ise, le plus important et le plus sacré des lieux de culte du shintoïsme au Japon, reconstruit tous les vingt ans selon des consignes transcrites dans un ensemble de textes datant du Xème siècle. L’essentiel étant de perpétuer les traditions et les coutumes, qui traverseront ainsi le temps, et de souligner le caractère éphémère de ce qui nous entoure (1).


C’est dans ce même esprit de transmission des traditions qu’un architecte hongkongais, Tony Leung, propose un projet de sanctuaire shinto en bois consistant en une tour de 100 mètres de haut et incluant des rizières, alimentées par hydroponie (2), sur les toits de celui-ci. Ces rizières verticales seraient installées en plein centre-ville de Tokyo (3). Elles permettraient ainsi de participer à la végétalisation de la capitale, après l’installation de la ferme de Pasona en 2010, la plus grande ferme verticale au monde, avec ses cultures de fruits et légumes au milieu des bureaux et sur les façades de l’immeuble situé à deux pas de la gare.




Tradition, inclusion de la nature et de ses saisons, conscience du temps qui passe, l’architecture japonaise va bien au-delà du simple fait d’ériger des constructions dans l’unique but de mettre ses occupants à l’abri. Tout cela se retrouve parfaitement dans le projet de sanctuaire-rizières de Tokyo.


Margot Barrat


(1) Héctor García et Francesc Miralles, Ikigai, le secret des Japonais pour une vie longue et heureuse, Edition Pocket évolution, (2016) 2018, pp. 173-174


(2) L’hydroponie est une méthode de culture hors sol sur substrat inerte (sable, billes d’argile, pouzzolane, etc.) dont l’apport en sels minéraux et nutriments est réalisé par irrigation.


(3) Science et Vie n°1219, avril 2019, p.65